Chute de cheveux saisonnière : normal ou inquiétant ?
« Je perds mes cheveux par poignées depuis la rentrée. » J'entends souvent cette phrase à l'automne. Le plus souvent, c'est une chute passagère, qui s'arrête d'elle-même. Mais certains signes méritent qu'on cherche plus loin : voici comment faire la différence.
Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003
Publié le · Mis à jour le · 5 min de lecture
Perdre des cheveux chaque jour, est-ce normal ?
Oui. Chaque cheveu pousse pendant plusieurs années (phase anagène), puis se repose environ trois mois (phase télogène) avant de tomber ; un nouveau cheveu se forme alors dans le même follicule. À tout moment, environ neuf cheveux sur dix sont en pousse.
On cite souvent le chiffre de 50 à 100 cheveux perdus par jour. C'est un ordre de grandeur, pas un seuil précis : il dépend de la façon de compter, et certains spécialistes le jugent même trop élevé.
La chute saisonnière existe-t-elle vraiment ?
Oui, et elle a été mesurée. En Angleterre, quatorze hommes en bonne santé ont été suivis dix-huit mois. La part de cheveux en pousse culminait en mars, à plus de 90 %, et touchait son point bas en septembre. La chute, elle, atteignait son maximum en août et septembre : environ 60 cheveux par jour, plus du double de l'hiver précédent.
À Zurich, une étude menée sur six ans a porté sur 823 femmes en bonne santé venues consulter pour une chute. La proportion de cheveux au repos était la plus élevée en été, avec un second pic plus discret au printemps, et la plus basse à la fin de l'hiver. Or un cheveu au repos tombe dans les semaines ou les mois qui suivent : d'où davantage de cheveux sur la brosse à la fin de l'été et à l'automne.
On ignore pourquoi. L'ensoleillement de l'été est l'hypothèse la plus souvent avancée. Ces études sont anciennes et de taille modeste, mais d'autres travaux vont dans le même sens.
L'effluvium télogène : quand la chute s'emballe
Parfois, un choc pour l'organisme fait passer beaucoup de cheveux en même temps au repos. Ils tombent ensemble, en général deux à trois mois plus tard, parfois un peu plus : c'est l'effluvium télogène. D'où la difficulté à faire le lien avec la cause, souvent oubliée quand la chute commence.
Les déclencheurs les plus connus :
- Une forte fièvre, une infection sévère ou une opération. Après un COVID-19, la chute débutait en moyenne deux mois plus tard dans les études.
- Un accouchement : la chute débute souvent vers le deuxième mois et culmine vers le quatrième.
- Un régime strict ou une perte de poids importante.
- Un stress important : deuil, séparation, perte d'emploi, maladie d'un proche.
- Certains médicaments, ou l'arrêt de la pilule contraceptive.
- Un trouble de la thyroïde, ou une carence en fer, même si ce dernier lien reste discuté.
L'effluvium ne laisse pas de zone chauve. Quand la cause a disparu, la chute s'arrête en général en deux à six mois ; le volume revient plus lentement, souvent en six à neuf mois. Si la cause persiste, en revanche, la chute peut durer.
Quels signes doivent faire consulter ?
Une chute diffuse, quelques mois après un événement identifiable, chez une personne en bonne santé, ne demande souvent qu'une explication. Un avis médical est en revanche utile si :
- des plaques sans cheveux apparaissent ;
- la chute dure depuis plus de six mois : on parle d'effluvium chronique, qui cache parfois une alopécie androgénétique débutante ;
- la raie s'élargit ou la queue de cheval s'affine, ce qui évoque plutôt une alopécie androgénétique ;
- le cuir chevelu est rouge, pèle, démange, brûle ou fait mal ;
- les sourcils, les cils ou les poils du corps tombent aussi ;
- d'autres signes accompagnent la chute : fatigue inhabituelle, changement de poids, règles irrégulières, acné ou poils nouveaux ;
- ou tout simplement si cette chute vous inquiète.
Ce que je regarde en consultation
Je commence par l'histoire de la chute : depuis quand, à quelle vitesse, ce qui s'est passé les mois précédents, médicaments, alimentation, antécédents familiaux.
Puis j'examine. Pour le test de traction, je saisis une mèche d'une cinquantaine de cheveux et je tire doucement : si plus d'un cheveu sur dix vient, la chute est active. J'observe le cuir chevelu de près, à la loupe éclairée (dermatoscope), ce qui aide à distinguer un effluvium d'une alopécie androgénétique. Des photos standardisées servent de repère pour la suite.
La prise de sang n'est pas systématique. Je la propose quand l'histoire ou l'examen oriente vers une cause, ou quand la chute se prolonge : par exemple pour vérifier les réserves de fer (ferritine) ou la thyroïde.
Ce qui n'aide pas, et peut même gêner
Les compléments « spécial cheveux ». Sans carence démontrée, aucune étude solide ne montre qu'ils font repousser les cheveux. Certains nutriments peuvent même nuire à forte dose : un excès de vitamine A ou de sélénium peut, à lui seul, faire tomber les cheveux.
La biotine (vitamine B8, aussi appelée B7). Une vraie carence est rare avec une alimentation normale, et aucun bénéfice n'est démontré sans carence. Or les compléments pour cheveux en contiennent souvent de fortes doses, et la biotine peut fausser certaines analyses de sang, vers le haut ou vers le bas, y compris des tests de la thyroïde. L'agence américaine du médicament (FDA) a émis une mise en garde en 2017, renouvelée en 2019, notamment pour la troponine, test utilisé pour diagnostiquer l'infarctus. Si vous en prenez, dites-le avant toute prise de sang.
Si une carence en fer est confirmée, je la corrige : c'est justifié pour la santé, même si l'effet direct sur les cheveux reste débattu. Pour le reste, aucun traitement n'a montré qu'il accélérait la fin d'un effluvium aigu : la priorité est d'en trouver la cause, de l'écarter si possible, puis de laisser faire le temps.
Et le PRP ?
Au cabinet, je propose le PRP du cuir chevelu en appoint dans l'alopécie androgénétique, quand des follicules sont encore présents. Il n'a pas sa place dans une chute saisonnière ou un effluvium passager, qui se résolvent d'eux-mêmes. Si l'examen révèle une alopécie androgénétique derrière la chute, on discute ensemble des possibilités ; l'article sur la calvitie masculine détaille les traitements chez l'homme. Bien souvent, expliquer et surveiller suffit.
Sources.
- Randall VA, Ebling FJ. British Journal of Dermatology, 1991;124(2):146-151 (variations saisonnières de la pousse et de la chute des cheveux chez 14 hommes suivis 18 mois).
- Kunz M, Seifert B, Trüeb RM. Dermatology, 2009;219(2):105-110 (saisonnalité de la chute chez 823 femmes en bonne santé, étude rétrospective par trichogramme).
- Rebora A. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 2019;12:583-590 (effluvium télogène, revue).
- Phillips TG, Slomiany WP, Allison R. American Family Physician, 2017;96(6):371-378 (causes fréquentes de chute de cheveux et prise en charge, revue pour la médecine générale).
- Nguyen B, Tosti A. JAAD International, 2022;7:67-77 (chute de cheveux et COVID-19, revue systématique et méta-analyse).
- Almohanna HM et al. Dermatology and Therapy, 2019;9(1):51-70 (vitamines, minéraux et chute de cheveux, revue).
- Food and Drug Administration (FDA). Biotin Interference with Troponin Lab Tests – Assays Subject to Biotin Interference, 2022 (suite des communications de sécurité de novembre 2017 et de novembre 2019 sur la biotine).
- American Academy of Dermatology (AAD). Do you have hair loss or hair shedding? et Hair loss: signs and symptoms (pages d'information pour les patients, consultées en octobre 2026).
Soins liés.
Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.