Journal médical

Chute de cheveux chez la femme : pourquoi le bilan passe avant le traitement

Une raie qui s'élargit, une queue-de-cheval plus fine : la chute de cheveux chez la femme est fréquente, et ses causes s'additionnent souvent. C'est pourquoi je cherche d'abord pourquoi, avant de proposer un traitement.

Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003

Publié le · Mis à jour le · 4 min de lecture

Chute de cheveux chez la femme : la forme la plus fréquente

Chez la femme adulte, la cause principale est l'alopécie androgénétique féminine, aussi appelée alopécie de type féminin. Les cheveux s'affinent peu à peu sur le dessus du crâne, autour de la raie, alors que la ligne des cheveux sur le front est en général respectée. La perte se fait par affinement progressif plus que par chute brutale.

Elle est fréquente : selon la recommandation européenne, elle touche jusqu'à 42 % des femmes, et sa fréquence augmente avec l'âge. Elle commence souvent pendant les années de fertilité, avec un second pic autour de la ménopause.

Plusieurs causes peuvent s'additionner

Chez une même femme, plusieurs mécanismes se mêlent souvent : une alopécie androgénétique discrète, une chute réactionnelle après un accouchement, une maladie ou un régime, une carence, un trouble de la thyroïde. Rechercher ces causes associées peut améliorer la réponse au traitement.

La carence en fer est la carence nutritionnelle la plus répandue au monde. Avant la ménopause, les règles et les grossesses en sont les principales causes. Son lien direct avec la chute reste discuté, et les preuves manquent pour la rechercher systématiquement chez toutes. Mais une anémie par manque de fer doit être traitée : la question mérite donc d'être posée à chaque bilan.

La thyroïde est l'autre point à vérifier : un dérèglement peut entretenir la chute et freiner la repousse.

Les signes que je recherche

Une partie du bilan se fait par les questions et par l'examen. Certains signes font rechercher un excès d'hormones masculines, comme dans le syndrome des ovaires polykystiques :

  • des cycles irréguliers ou une difficulté à concevoir ;
  • une acné qui persiste ou une peau très grasse ;
  • une pilosité qui augmente sur le visage ou le corps ;
  • une voix qui change.

La plupart des femmes qui perdent de la densité n'ont pourtant aucun excès hormonal, et une perte de densité isolée, avec des dosages normaux, n'en est pas le signe. Je vous interroge aussi sur vos médicaments, vos grossesses et vos régimes récents.

Une prise de sang ciblée

Il n'existe pas un seul bilan valable pour toutes. Une recommandation internationale estime indispensable d'évaluer chez chaque femme concernée un éventuel excès d'hormones masculines, et juge utiles, selon le cas, les dosages du fer, de la thyroïde ou de la vitamine D. La prise de sang est donc choisie en fonction de votre histoire et de l'examen.

La pilule modifie certains dosages hormonaux : on en tient compte pour choisir le moment de la prise de sang et pour lire les résultats.

Les traitements, une fois la cause connue

Une carence ou un trouble de la thyroïde se corrigent d'abord. Pour l'alopécie androgénétique, le premier traitement recommandé est local : une solution de minoxidil, appliquée chaque jour sur le cuir chevelu. Les premiers effets demandent en général deux à quatre mois. Une chute un peu plus forte pendant les premières semaines est possible, et passagère. À l'arrêt, la chute reprend : c'est un traitement au long cours.

Des traitements par voie orale existent lorsque la chute est importante ou qu'un excès hormonal est présent. Certains agissent sur les hormones masculines et peuvent nuire au développement d'un fœtus : ils exigent une contraception stricte. Si l'un d'eux est prescrit en dehors de l'indication prévue par sa notice, je vous le dis clairement. Le PRP du cuir chevelu, proposé au cabinet à partir de novembre 2026, peut s'ajouter en complément. On fait le point à six mois, sur des photos prises dans les mêmes conditions.

Pendant une grossesse ou l'allaitement

La plupart des traitements sont alors à éviter. La solution de minoxidil est contre-indiquée pendant la grossesse et l'allaitement, les traitements qui agissent sur les hormones ne sont pas envisageables, et le PRP est reporté.

On peut en revanche vérifier et corriger une carence en fer, dont la grossesse est une cause fréquente, et vous rassurer : une chute marquée deux à quatre mois après l'accouchement est le plus souvent passagère, suivie d'une récupération complète. Si la densité ne revient pas, on reprend le bilan après l'allaitement.

Sources.

  1. Ramos PM, Miot HA. Female pattern hair loss: a clinical and pathophysiological review. Anais Brasileiros de Dermatologia, 2015;90(4):529-543.
  2. Kanti V et al. Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, 2018;32(1):11-22 (recommandation européenne S3 sur l'alopécie androgénétique de la femme et de l'homme).
  3. Trost LB et al. Journal of the American Academy of Dermatology, 2006;54(5):824-844 (carence en fer et chute de cheveux).
  4. Carmina E et al. Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, 2019;104(7):2875-2891 (recommandations de l'Androgen Excess and PCOS Society sur la perte de cheveux de type féminin).
  5. Résumé des caractéristiques du produit d'une solution de minoxidil à 2 % autorisée en Belgique (AFMPS).
  6. Rebora A. Telogen effluvium: a comprehensive review. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 2019;12:583-590.

Soins liés.

Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.