Pommettes et acide hyaluronique : soutenir sans gonfler
Avec les années, la pommette perd souvent son soutien : le regard paraît plus fatigué et les sillons plus marqués. Je vous explique ce que l'acide hyaluronique peut y faire, ce qu'il ne peut pas faire, et pourquoi je préfère en mettre peu.
Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003
Publié le · Mis à jour le · 5 min de lecture
Pourquoi le milieu du visage change avec l'âge
Le milieu du visage, de la paupière inférieure au coin des lèvres, comprend la pommette, la joue et le haut du sillon nasogénien, le pli entre le nez et la bouche. Avec l'âge, trois structures s'y modifient :
- L'os. Le maxillaire, qui porte la joue et le bord du nez, se résorbe et perd sa projection vers l'avant. Le bord de l'orbite recule aussi, surtout en bas et sur le côté.
- La graisse. Elle est répartie en compartiments distincts, qui s'affaissent avec l'âge ; le volume se répartit moins bien.
- Les ligaments. Ces attaches fibreuses, qui relient les tissus à l'os, perdent de leur solidité. Là où ils retiennent la peau, un creux se dessine ; à côté, les tissus descendent.
Ce que cela change pour les cernes et les sillons
Sous l'œil, la jonction entre paupière et joue s'allonge et se creuse : c'est une composante du cerne creux, ou vallée des larmes. Plus bas, la joue qui descend et l'os qui recule près du nez accentuent le sillon nasogénien. La cause se trouve donc souvent plus haut : je regarde le visage dans son ensemble avant de traiter un pli.
Mesurer avant de corriger
Avant toute injection, j'analyse votre visage par ordinateur, sur des photos standardisées : proportions, symétrie, zones qui ont perdu du soutien. Cela ne remplace pas l'examen : j'observe aussi votre visage quand vous parlez et souriez, et je palpe les tissus. Les photos servent de comparaison au contrôle, vers le 15e jour.
Ce que l'acide hyaluronique peut faire
Injecté en profondeur, l'acide hyaluronique peut redonner du soutien à la pommette et un peu de projection vers l'avant. Dans l'essai principal, financé par le fabricant du gel testé, 282 personnes ont été tirées au sort : à six mois, 85,6 % des personnes traitées étaient améliorées, selon des évaluateurs en aveugle. Une revue de 18 études rapporte une satisfaction élevée jusqu'à deux ans.
Sur le cerne et le sillon, l'effet reste indirect et variable : il peut en adoucir l'ombre, sans effacer un pli marqué.
Ce qu'il ne peut pas faire
L'acide hyaluronique ajoute du volume ; il ne retend pas la peau. Il ne corrige ni un excès de peau, ni des bajoues marquées, ni un relâchement important ; en rajouter pour « remonter » le visage l'alourdit. D'autres approches existent, notamment chirurgicales, que je ne pratique pas : on en parle ensemble.
Des gels plus fermes pour les zones de soutien
Les gels n'ont pas tous la même fermeté. Elle s'exprime notamment par le G' (« G prime ») : la capacité du gel à résister quand on appuie dessus, puis à reprendre sa forme, comme un ressort. Un G' élevé donne un gel plus ferme, qui soutient mieux ; un G' bas, un gel plus souple, adapté aux zones fines et mobiles.
Pour la pommette, on choisit en général un gel ferme, placé en profondeur, où il ne se sent pas et ne se voit pas. Le G' n'explique pas tout : je vous dis en consultation quel gel j'utilise, et pourquoi.
Comment je travaille
En haut de la pommette, le gel est le plus souvent déposé en profondeur, sous le muscle, au contact de l'os ; plus bas sur la joue, un plan juste sous la peau convient parfois mieux. J'utilise une aiguille fine ou une canule, une fine tubulure à bout rond, selon la zone et votre anatomie : les deux sont valables si elles sont bien utilisées. J'injecte lentement, peu à la fois, et par étapes : mieux vaut compléter au contrôle que trop en mettre d'emblée.
Les risques
- Bleus (hématomes), gonflement (œdème) et sensibilité : fréquents, en général légers, ils disparaissent en moins de deux semaines.
- Asymétrie ou petite irrégularité : je la réévalue au contrôle ; un léger complément ou la hyaluronidase peut la corriger.
- Nodule, une petite boule sous la peau : le plus souvent précoce, lié au dépôt de gel ; plus rarement tardif et inflammatoire. Des traitements existent.
- Effet Tyndall, un reflet bleuté : il survient surtout avec un gel trop superficiel sous une peau fine, comme sous l'œil ; en profondeur sur la pommette, il est peu concerné.
La complication la plus grave est rare : l'injection accidentelle dans une artère, qui peut bloquer la circulation. La peau peut en souffrir, jusqu'à la nécrose ; exceptionnellement, la vue peut être atteinte, car les artères du visage communiquent avec celles de l'œil. Ni la canule ni l'aspiration avant d'injecter ne suppriment totalement ce risque.
C'est pourquoi la hyaluronidase est toujours disponible au cabinet. Cette enzyme dissout l'acide hyaluronique. Injectée sans délai et en quantité suffisante, elle est le traitement de base quand la circulation de la peau est menacée ; pour la vue, les résultats des traitements sont limités et chaque minute compte. Après la séance, si une douleur augmente ou si la peau pâlit ou se marbre, appelez le cabinet sans attendre. Un trouble de la vue impose d'appeler le 112.
Combien de temps dure l'effet ?
Cela dépend du gel, de la quantité, de la zone et de chaque personne. Pour la pommette, les études rapportent un effet qui peut durer d'un à deux ans : dans l'essai cité, près de la moitié des personnes gardaient leur correction à deux ans.
Un résultat naturel : de petites quantités
Trop de produit, ou un produit mal placé, peut donner un visage « gonflé », aux pommettes lourdes et au sourire moins naturel : c'est le syndrome du visage surchargé (overfilled syndrome). Il vient souvent d'injections répétées, car le gel peut persister plus longtemps que l'effet perçu, parfois plus de deux ans à l'IRM. Je préfère donc de petites quantités et j'attends le contrôle avant tout complément ; parfois, je conseille de ne rien ajouter.
Quand je ne propose pas d'injection
- Une infection de la peau ou un bouton de fièvre dans la zone (on attend la guérison), ou une infection en cours ailleurs, par exemple dentaire.
- Une maladie auto-immune active, une allergie connue à un composant du gel, ou des allergies multiples et sévères.
- Un produit permanent déjà injecté dans la zone.
- La grossesse et l'allaitement, par prudence.
- Des attentes irréalistes ou une préoccupation excessive pour son apparence : on en parle alors ensemble.
Un traitement anticoagulant n'empêche pas forcément l'injection, mais augmente le risque de bleus : ne l'arrêtez jamais sans l'avis du médecin qui le prescrit.
Sources.
- Mendelson B, Wong CH. Aesthetic Plastic Surgery, 2012;36(4):753-760 (vieillissement du squelette facial et rajeunissement, revue).
- Zhou C et al. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 2026;19:600459 (syndrome du visage surchargé, revue narrative).
- Jones D, Murphy DK. Dermatologic Surgery, 2013;39(11):1602-1612 (essai randomisé sur le manque de volume du milieu du visage, résultats à 2 ans ; financé par le fabricant du gel testé).
- Trinh LN, Gupta A. Facial Plastic Surgery, 2021;37(5):576-584 (acide hyaluronique et pommettes, revue systématique de 18 études).
- Fundarò SP et al. International Journal of Molecular Sciences, 2022;23(18):10518 (rhéologie des gels et implications cliniques, revue ; rédaction financée par un fabricant).
- Alizadeh N et al. Plastic and Reconstructive Surgery Global Open, 2026;14(7):e7927 (idées reçues sur les gels d'acide hyaluronique : durée, visage surchargé, revue ; rédaction financée par un fabricant).
- Signorini M et al. Plastic and Reconstructive Surgery, 2016;137(6):961e-971e (consensus international sur la prévention et la prise en charge des complications).
- Heydenrych I et al. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 2018;11:603-611 (plan en 10 points pour éviter et prendre en charge les complications).
Soins liés.
Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.