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Visage creusé et perte de poids : que se passe-t-il ?

« Depuis que j'ai perdu du poids, mon visage s'est creusé. » J'entends cette phrase de plus en plus souvent, notamment chez des personnes traitées par un agoniste du GLP-1, comme le sémaglutide ou le tirzépatide. Voici ce que disent vraiment les études récentes, et ce que l'on peut faire, ou non.

Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003

Publié le · Mis à jour le · 5 min de lecture

Pourquoi le visage se creuse-t-il ?

Sous la peau du visage, la graisse est répartie en compartiments, les uns superficiels, les autres profonds. Ce sont eux qui donnent aux joues, aux tempes et au dessous des yeux leur rondeur. Quand on perd beaucoup de poids, ces compartiments fondent aussi.

La peau, qui reposait sur ce volume, perd une partie de son soutien. Les revues médicales récentes décrivent surtout :

  • des joues plus creuses, au milieu du visage et sous les pommettes ;
  • des tempes creusées ;
  • un creux plus marqué sous les yeux ;
  • des plis plus visibles, par exemple entre le nez et la bouche ;
  • une peau qui paraît plus relâchée, au visage comme au cou.

Une équipe américaine a mesuré ce phénomène sur des scanners et des IRM réalisés avant et après le traitement chez 20 personnes, d'un âge médian de 54 ans, qui avaient perdu en moyenne 11 kg. Le volume du milieu du visage avait diminué de 9 % en médiane, davantage dans la graisse superficielle que dans la graisse profonde.

Est-ce un effet du médicament ?

Les médias ont donné à ce phénomène un surnom formé sur un nom de marque, qui laisse croire à un effet propre au médicament. Deux revues de la littérature publiées en 2026 concluent autrement : des changements semblables sont décrits après une chirurgie de l'obésité ou après d'autres pertes de poids importantes. Ce qui compte surtout, c'est la quantité de poids perdue, qui s'ajoute à l'âge et à l'anatomie de chacun. Un panel international d'experts a d'ailleurs recommandé de remplacer ce surnom par des termes neutres.

Et la vitesse ? Des praticiens expérimentés observent des changements plus marqués quand la perte de poids est à la fois importante et rapide. Mais l'effet propre de la vitesse n'a pas encore été mesuré : c'est plausible, pas démontré.

Tout le monde est-il concerné ?

Non. Dans une enquête menée auprès de 1 226 personnes suivies pour une perte de poids par médicament, 29 % ont signalé une perte de volume du visage, plus souvent au-delà de 20 % de poids perdu. La majorité n'en a donc pas fait état. Ce sont des impressions déclarées, pas des mesures ; les experts soulignent aussi que ce vieillissement accéléré n'est pas systématique.

L'âge et la qualité de la peau jouent un rôle. Avec les années, la peau contient moins de collagène et de fibres élastiques, et le visage a souvent déjà perdu du volume : la perte de poids accentue ce qui existait. Après une chirurgie de l'obésité, chez 65 personnes, des chirurgiens qui estimaient leur âge leur donnaient en moyenne près de trois ans de plus qu'avant l'opération, alors qu'une seule année s'était écoulée. L'écart était plus net chez les hommes de plus de 40 ans et après les pertes de poids les plus importantes.

Peut-on limiter ces changements ?

Aucune méthode n'a prouvé qu'elle protège spécifiquement le visage. Les recommandations publiées pour accompagner ces traitements visent d'abord à préserver les muscles et la santé :

  • un apport suffisant en protéines, à ajuster avec le médecin ou le diététicien qui vous suit ;
  • une activité physique régulière de renforcement musculaire ;
  • la prévention des carences, puisque l'appétit est réduit ;
  • un rythme de traitement et de perte de poids décidé avec le médecin qui le prescrit, selon vos besoins.

Le traitement de l'obésité apporte des bénéfices importants pour la santé, et sa balance bénéfice-risque relève du médecin qui le prescrit. Si votre visage vous préoccupe, parlez-en au médecin qui vous suit, et ne modifiez rien de vous-même.

Quand envisager un soin ?

Tant que le poids baisse, le visage continue de changer. Un volume restauré trop tôt peut devenir insuffisant quelques mois plus tard. Les experts sont partagés : certains proposent d'agir tôt, d'autres d'attendre un poids stable pour un résultat plus prévisible. Aucune étude n'a encore comparé ces deux approches.

Pour ma part, j'attends en général que votre poids se soit stabilisé. Lors de la consultation, je vous demande quel traitement vous suivez, je vous examine et j'analyse votre visage sur des photos standardisées avec la méthode ZenFace. Des photos d'avant votre perte de poids peuvent aussi aider à comprendre ce qui a changé.

Ce que l'acide hyaluronique peut faire, et ses limites

L'acide hyaluronique peut restaurer un soutien là où la graisse a fondu : tempes, pommettes, parfois le creux sous les yeux. Le but n'est pas de « remplir » le visage, mais de lui redonner un appui, en quantité modérée. Selon les experts, beaucoup de personnes craignent d'ailleurs de paraître avoir repris du poids après un soin. Je détaille la technique dans l'article consacré aux pommettes.

Ses limites sont nettes :

  • Il ne retend pas une peau très relâchée. Compenser par beaucoup de volume risquerait d'alourdir le visage. Quand le relâchement domine, une chirurgie peut être plus adaptée : on en parle ensemble.
  • Les preuves restent minces. Une revue systématique de 2026 n'a trouvé que quatre études, sans groupe de comparaison, totalisant 98 personnes traitées. On ne peut donc pas encore comparer l'efficacité des différents soins dans cette situation.
  • Si le poids continue de baisser, le résultat peut s'estomper plus vite et demander d'autres séances.
  • Les contre-indications habituelles s'appliquent, comme la grossesse, l'allaitement ou une infection de la peau dans la zone à traiter.

Le contrôle vers le 15e jour permet de juger le résultat une fois le gonflement passé. La hyaluronidase, qui dissout le gel, est toujours disponible au cabinet.

Ce que je ne fais pas

Les revues décrivent aussi des produits dits biostimulateurs, des appareils à radiofréquence ou à ultrasons, la greffe de graisse et le lifting chirurgical. Je ne pratique aucun de ces soins. Je ne donne pas non plus d'avis sur votre traitement contre l'obésité : il relève du médecin qui le prescrit.

Sources.

  1. Sharma RK et al. Otolaryngology–Head and Neck Surgery, 2025;173(2):360-366 (volume du milieu du visage mesuré au scanner ou à l'IRM chez 20 personnes traitées par agoniste du GLP-1, étude rétrospective).
  2. Yoo KH. Aesthetic Surgery Journal, 2026, publié en ligne avant impression, doi:10.1093/asj/sjag230 (changements du visage associés aux agonistes du GLP-1, revue de 46 publications).
  3. Maglitto F et al. Aesthetic Plastic Surgery, 2026, publié en ligne avant impression, doi:10.1007/s00266-026-06331-y (traitements des changements du visage après perte de poids sous agoniste du GLP-1, revue systématique).
  4. Nikolis A et al. Journal of Cosmetic Dermatology, 2025;24(4):e70094 (consensus international d'experts, méthode Delphi ; financé par un fabricant de produits injectables, dont une salariée est coautrice).
  5. Moradi A et al. Aesthetic Surgery Journal Open Forum, 2026;8:ojag011 (recommandations fondées sur l'expérience de quatre cliniciens ; rédaction financée par un fabricant, dont une salariée est coautrice).
  6. Valente DS et al. Plastic and Reconstructive Surgery, 2018;142(4):481e-488e (âge perçu avant et un an après une chirurgie de l'obésité, étude de cohorte).
  7. Mozaffarian D et al. American Journal of Clinical Nutrition, 2025;122(1):344-367 (priorités nutritionnelles pendant un traitement par agoniste du GLP-1, avis conjoint de quatre sociétés savantes américaines).
  8. Santiago Mangual KP et al. International Journal of Women's Dermatology, 2026;12(3):e283 (enquête auprès de 1 226 personnes traitées par médicament pour perdre du poids).

Soins liés.

Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.