Toxine botulique : ce que recouvre le mot courant, ce que dit la loi
« Je voudrais du botox. » La phrase est courante, et elle n'a rien de choquant : le mot est entré dans le langage de tous les jours. Il recouvre pourtant trois réalités distinctes : une marque, un médicament soumis à prescription et un acte médical que la loi belge encadre de près. Les distinguer aide à comprendre ce qu'un médecin peut vous dire, ce qu'il ne peut pas vous proposer, et ce que vous êtes en droit de demander.
Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003
Publié le · Mis à jour le · 5 min de lecture
« Botox » : une marque, pas le nom d'un soin
« Botox » est le nom commercial d'un médicament : l'une des spécialités qui contiennent de la toxine botulique de type A. À force d'être employé, le mot a fini par désigner toutes les injections de ce type, comme une marque devenue nom commun. Ce n'est pourtant ni le nom d'un soin, ni celui de la substance.
La substance, c'est la toxine botulique de type A : une protéine produite par une bactérie, Clostridium botulinum, et purifiée pour en faire un médicament. Injectée dans un muscle, elle bloque pendant quelques mois le signal entre le nerf et ce muscle, qui se contracte moins.
Plusieurs médicaments à base de toxine botulique de type A sont enregistrés en Belgique, sous des noms de marque différents. C'est pourquoi, sur ce site, je parle de toxine botulique : c'est le nom de la substance, commun à tous ces médicaments.
Une substance, plusieurs médicaments, plusieurs usages
Ces médicaments ne servent pas qu'à adoucir des rides. En Belgique, certains sont remboursés, sous conditions, dans des indications neurologiques ou urologiques : blépharospasme (contractions involontaires des paupières), dystonies, spasticité du poignet ou de la main après un accident vasculaire cérébral, migraine chronique, ou encore certaines incontinences urinaires d'origine neurologique. D'autres sont autorisés pour les rides du haut du visage : rides du lion, pattes d'oie et front.
Un point compte beaucoup : les doses ne se transposent pas d'un médicament à l'autre. Les notices précisent que les unités d'une spécialité ne sont pas interchangeables avec celles des autres préparations de toxine botulique. Le nom exact du produit utilisé n'est donc pas un détail.
Un médicament sur prescription, et pour de bonnes raisons
La toxine botulique de type A est un médicament soumis à prescription médicale. Ce statut a une raison. En 2025, les autorités européennes du médicament ont fait renforcer les avertissements des notices : des effets indésirables liés à la diffusion de la toxine à distance du point d'injection ont été rapportés, ainsi que des cas de botulisme dit iatrogène, c'est-à-dire provoqué par le traitement. Le risque est plus élevé notamment chez les enfants et chez les adultes traités pour une spasticité à fortes doses.
Si, après une injection, vous avez du mal à avaler, à parler ou à respirer, consultez un médecin sans attendre.
Un acte médical que la loi réserve
En Belgique, une injection de toxine botulique à visée esthétique est un acte de médecine esthétique non chirurgicale. La loi du 23 mai 2013 réserve ces actes aux praticiens qu'elle désigne : des médecins, selon leur titre ou, pour ceux qui les pratiquaient déjà avant la loi, selon une expérience reconnue, et les dentistes pour certains actes dans la bouche. Une esthéticienne ne peut pas injecter.
L'Ordre des médecins rappelle aussi que le médecin ne peut pas déléguer ce geste à un non-médecin, et que vous devez être informé du caractère médical de l'intervention : ce n'est pas un simple soin de beauté sans risque.
Pourquoi aucune promotion n'est permise
Deux lois se superposent. L'article 9 de la loi du 25 mars 1964 sur les médicaments interdit la publicité auprès du public pour les médicaments soumis à prescription. L'article 20/1 de la loi du 23 mai 2013 interdit, lui, la publicité pour les actes de médecine esthétique eux-mêmes. En 2017, la Cour de justice de l'Union européenne a confirmé que le droit européen ne s'oppose pas à cette interdiction.
Seule est permise une information professionnelle conforme à la réalité, objective, pertinente, vérifiable, discrète et claire. Elle ne peut être ni trompeuse ni comparative, et ne peut pas utiliser d'arguments financiers. La Cour constitutionnelle a précisé que des photos avant-après ou des témoignages relèvent de la publicité interdite lorsqu'ils figurent dans une communication générale ; pendant une consultation, ils peuvent en revanche servir à vous informer.
Concrètement, une « promo », une réduction limitée dans le temps ou un nom de marque mis en avant pour attirer des patients n'ont pas leur place dans la communication d'un médecin en Belgique. L'agence française du médicament, l'ANSM, cite d'ailleurs la promotion sur les réseaux sociaux et les prix anormalement bas parmi les signaux d'alerte d'injections illégales.
Ce que vous êtes en droit de demander
- Qui réalise l'injection, et à quel titre.
- Le nom exact du médicament, la quantité injectée et le numéro de lot. Pour les médicaments biologiques comme la toxine botulique, les notices demandent d'enregistrer clairement le nom et le numéro de lot du produit administré : c'est ce qui permet de le retrouver en cas de problème.
- La notice du médicament : vous pouvez demander à la lire.
- Une information complète avant l'acte, notamment sur la technique et les risques, consignée dans un compte rendu écrit, daté et signé par vous et par le médecin, qui fait partie de votre dossier médical.
- Votre consentement libre, après cette information. La loi relative aux droits du patient vous le garantit.
- Le temps de réfléchir : pour les injections, la loi n'impose pas de délai, mais rien ne vous oblige à décider le jour même.
- Ce qu'il faut faire en cas de problème, et qui appeler.
Et les produits vendus sur internet ?
Un médicament soumis à prescription ne peut pas être vendu en ligne en Belgique. Un produit proposé comme du « botox » sur un site, un réseau social ou une messagerie n'offre donc aucune garantie sur ce qu'il contient. En France, l'agence du médicament a encore signalé en 2025 des cas graves de botulisme après des injections illégales, et rappelé que les produits vendus illégalement peuvent être contrefaits.
Sources.
- Loi du 23 mai 2013 réglementant les qualifications requises pour poser des actes de médecine esthétique non chirurgicale et de chirurgie esthétique, notamment articles 3, 18 et 20/1 (Moniteur belge du 2 juillet 2013 ; article 20/1 inséré par la loi du 10 avril 2014).
- Cour constitutionnelle, arrêt n° 1/2016 du 14 janvier 2016 (interdiction de la publicité, information professionnelle, photos avant-après et témoignages).
- Cour constitutionnelle, arrêt n° 110/2015 du 17 septembre 2015 (champ d'application de la loi du 23 mai 2013, médecins habilités), communiqué de presse.
- Cour de justice de l'Union européenne, ordonnance du 26 octobre 2017, affaire C-356/16 (interdiction belge de la publicité pour les actes d'esthétique médicale et directive sur les pratiques commerciales déloyales).
- Loi du 25 mars 1964 sur les médicaments, article 9 (publicité auprès du public pour les médicaments soumis à prescription).
- Ordre des médecins, Conseil national, avis du 10 décembre 2022 sur la collaboration de médecins avec des centres de beauté, de bien-être et de soins.
- Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient, article 8 (consentement libre et préalable, après information).
- Résumé des caractéristiques du produit d'une toxine botulique de type A autorisée en Belgique pour les rides du haut du visage (AFMPS, texte mis à jour en décembre 2025) : unités non interchangeables, mises en garde.
- Résumé des caractéristiques du produit d'une autre toxine botulique de type A (base de données publique des médicaments, ANSM) : traçabilité, unités non interchangeables, médicament sur prescription.
- Centre belge d'information pharmacothérapeutique (CBIP/BCFI) : toxine botulique, spécialités enregistrées en Belgique.
- Centre belge d'information pharmacothérapeutique (CBIP/BCFI) : conditions de remboursement d'une toxine botulique de type A en Belgique (indications neurologiques et urologiques).
- Agence européenne des médicaments, CMDh : conclusions scientifiques sur la toxine botulique et modifications des notices (septembre 2025).
- ANSM, « Injections illégales de toxine botulinique : ne mettez pas en danger votre santé », 23 octobre 2025.
- Klein K, Stolk P. Challenges and Opportunities for the Traceability of (Biological) Medicinal Products. Drug Safety, 2018;41:911-918.
- CBIP, Folia Pharmacotherapeutica, juin 2009 : vente de médicaments par internet.
Soins liés.
Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.