Journal médical

PRP visage : ce que les études montrent vraiment

On présente souvent le PRP visage (plasma riche en plaquettes) comme un soin « naturel », puisqu'il vient de votre sang. C'est exact, mais cela ne dit rien de son efficacité. Je le proposerai au cabinet à partir de novembre 2026 ; voici, avant cela, ce que la littérature montre réellement, et ce qu'elle ne montre pas.

Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003

Publié le · Mis à jour le · 4 min de lecture

Le principe

Mon infirmier réalise une simple prise de sang. Le tube passe quelques minutes en centrifugeuse, qui sépare le plasma des globules rouges. On recueille la partie du plasma concentrée en plaquettes, qui libèrent des facteurs de croissance. Je la réinjecte ensuite en micro-points dans la peau.

La préparation est autologue : elle vient de vous et n'est utilisée que pour vous. Elle est réalisée dans un kit stérile à usage unique marqué CE, au cours de la même séance, et n'est jamais conservée.

Ce que montrent les études sur le PRP visage

Une revue systématique publiée en 2020 a rassemblé 24 études, dont 8 essais randomisés, soit 480 patients traités par PRP. Ses conclusions sont mesurées. Selon ses auteurs, le PRP injecté seul améliore modestement, au moins pour un temps, l'aspect de la peau, sa texture et les ridules. L'amélioration reste en général inférieure à 50 %, et l'on ne sait pas combien de temps elle dure. Les données sont surtout convaincantes pour la texture de la peau.

Un essai randomisé publié en 2018, portant sur 19 participants analysés, illustre bien cette nuance. Chaque participant a reçu, en une seule séance, du PRP dans une joue et du sérum physiologique dans l'autre, sans savoir de quel côté. Six mois plus tard, les participants jugeaient la texture et les rides plus améliorées du côté du PRP. Les deux dermatologues qui évaluaient les photos sans connaître les côtés, eux, ne voyaient pas de différence significative.

Éclat, cernes, cicatrices d'acné

L'éclat est souvent mis en avant, mais il se mesure mal. Dans l'essai de 2018, le teint terne, noté par les dermatologues, s'était amélioré autant du côté du sérum physiologique que du côté du PRP.

Autour des yeux, la revue de 2020 évoque un bénéfice possible sur les ridules et la pigmentation. Une étude consacrée aux cernes ne porte que sur dix personnes, sans groupe de comparaison, après une seule séance : la couleur sous les yeux était plus homogène, mais ni le pigment mesuré ni les rides n'avaient changé de façon significative. Un cerne lié à un creux est une question de volume, que le PRP ne traite pas.

Pour les cicatrices d'acné, les études favorables portent surtout sur l'association avec le microneedling, une technique qui crée de minuscules perforations dans la peau. Une méta-analyse de 2021, sur 14 études dont 4 randomisées et 472 patients, montre que l'ajout de PRP au microneedling augmente les chances d'une nette amélioration par rapport au microneedling seul. Injecté seul, l'intérêt du PRP sur les cicatrices reste discuté. Si vos cicatrices sont la demande principale, je vous dirai franchement si une autre prise en charge est plus adaptée.

Un niveau de preuve modeste, une méthode peu standardisée

Il n'existe pas un PRP, mais des PRP. Le kit, la centrifugation, la concentration en plaquettes, la technique d'injection et le nombre de séances varient d'une étude à l'autre. La revue de 2020 souligne cette hétérogénéité et l'absence de mesures standardisées des résultats. Le groupe de travail sur le PRP de l'association indienne de dermatologie reconnaît lui aussi l'ambiguïté sur le protocole à suivre ; pour la qualité de la peau, il recommande 3 à 6 séances espacées de 4 à 6 semaines.

Au cabinet, le protocole est de trois séances à un mois d'intervalle. Le résultat, s'il vient, est progressif. Avant chaque nouvelle séance, je réévalue la peau sur les mêmes photos ; si rien ne bouge, on peut s'arrêter là.

Ce que le PRP ne fait pas

  • Il ne redonne pas de volume : ni aux pommettes, ni aux creux, ni à l'ovale du visage.
  • Il n'efface pas les rides profondes.
  • Il ne corrige pas le relâchement de la peau.
  • Il ne donne pas de résultat immédiat.

Ces demandes relèvent d'autres soins, dont nous pouvons parler en consultation.

Contre-indications et effets secondaires

Je ne propose pas de PRP dans les situations suivantes :

  • un trouble des plaquettes (nombre très bas ou mauvais fonctionnement) ou une maladie du sang ;
  • un traitement anticoagulant, ou la prise régulière d'anti-inflammatoires ;
  • un cancer évolutif, en particulier du sang ;
  • une infection en cours, une fièvre récente, ou une peau infectée à l'endroit à traiter ;
  • la grossesse et l'allaitement, par prudence.

Les effets secondaires habituels sont une douleur pendant les injections, des rougeurs, un gonflement et de petits bleus. Dans l'essai de 2018, ils ont été fréquents mais passagers : à un an, aucun participant ne signalait d'effet indésirable. Un cas de perte de la vue après une injection de PRP entre les sourcils a par ailleurs été rapporté dans la littérature : c'est très rare, mais cela fait partie de l'information que je vous dois. Je vous demande aussi d'éviter les anti-inflammatoires pendant deux semaines après la séance. En revanche, n'arrêtez jamais de vous-même un anticoagulant ou une aspirine prescrite : on en parle d'abord avec votre médecin.

Sources.

  1. Maisel-Campbell AL et al. A systematic review of the safety and effectiveness of platelet-rich plasma (PRP) for skin aging. Archives of Dermatological Research, 2020;312(5):301-315.
  2. Alam M et al. Effect of platelet-rich plasma injection for rejuvenation of photoaged facial skin: a randomized clinical trial. JAMA Dermatology, 2018;154(12):1447-1452.
  3. Mehryan P et al. Assessment of efficacy of platelet-rich plasma (PRP) on infraorbital dark circles and crow's feet wrinkles. Journal of Cosmetic Dermatology, 2014;13(1):72-78.
  4. Kang C, Lu D. Combined effect of microneedling and platelet-rich plasma for the treatment of acne scars: a meta-analysis. Frontiers in Medicine, 2021;8:788754.
  5. Nanda S et al. Platelet-rich plasma in aesthetics. Indian Dermatology Online Journal, 2021;12(Suppl 1):S41-S54 (recommandations du groupe de travail PRP de l'IADVL, association indienne de dermatologie).

Soins liés.

Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.