Chute de cheveux après un accouchement, une maladie ou un régime : l'effluvium télogène
Une chute de cheveux après un accouchement, une forte fièvre ou un régime strict survient souvent quelques mois plus tard, et par poignées. Elle porte un nom : l'effluvium télogène. Elle impressionne, mais elle est le plus souvent passagère.
Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003
Publié le · Mis à jour le · 4 min de lecture
Le cycle du cheveu
Chaque cheveu vit un cycle : une longue phase de croissance, puis une phase de repos de quelques mois, au terme de laquelle il tombe et laisse la place à un nouveau cheveu. À tout moment, environ neuf cheveux sur dix sont en croissance, et seulement 5 à 10 % au repos.
Un choc pour l'organisme fait basculer d'un coup beaucoup de cheveux en phase de repos. Ils tombent ensemble, en général deux à cinq mois plus tard, souvent vers trois mois : c'est l'effluvium télogène. Ce décalage explique qu'on fasse rarement le lien avec l'événement qui l'a déclenché.
Chute de cheveux après un accouchement
Pendant la grossesse, les cycles des cheveux se synchronisent. Après la naissance, beaucoup d'entre eux passent ensemble en phase de repos, puis tombent en même temps.
Dans une enquête japonaise menée auprès de 331 mères, la chute commençait en moyenne vers trois mois après l'accouchement, était la plus forte vers cinq mois et s'arrêtait vers huit mois. Cette forme ne devient que très rarement chronique, et la récupération est en général complète.
Les autres déclencheurs
Les causes possibles sont nombreuses. Parmi les plus connues :
- une forte fièvre ou une infection sévère ;
- une intervention chirurgicale ou une maladie chronique sévère ;
- un régime très strict ou une alimentation insuffisante ;
- un stress important, physique ou émotionnel ;
- l'arrêt d'une pilule contraceptive ;
- certains médicaments, dont les rétinoïdes, les anticoagulants, les bêtabloquants, les antiépileptiques et les antithyroïdiens.
Si un médicament est en cause, ne l'arrêtez jamais seul : on en parle d'abord avec le médecin qui l'a prescrit.
Ce qui est rassurant
Dans l'effluvium télogène, le follicule, la petite structure qui fabrique le cheveu, n'est pas abîmé. Une fois la cause passée, la chute se calme en général en quelques mois et les cheveux repoussent. Comme ils poussent lentement, il faut encore du temps pour retrouver le volume d'avant : le nombre de cheveux revient bien avant leur longueur. Une sensation de douleur ou de picotement du cuir chevelu accompagne parfois cette chute : elle fait partie du tableau de l'effluvium.
Cette chute inquiète, et c'est légitime. Voir ses cheveux sur l'oreiller ou dans la douche, parfois au moment où l'on s'occupe d'un nouveau-né, n'a rien d'anodin. En parler aide déjà.
Quand consulter
Un avis médical est utile dans trois situations :
- la chute dure plus de six mois : on parle alors de forme chronique, dont il faut chercher la cause ;
- elle s'accompagne de rougeurs, de squames ou de plaques sans cheveux, qui orientent vers d'autres maladies du cuir chevelu ;
- les cheveux s'affinent plutôt qu'ils ne tombent, ou la raie s'élargit : une alopécie androgénétique, d'origine hormonale et héréditaire, peut se révéler en même temps.
La consultation commence par l'histoire de votre chute et l'examen du cuir chevelu, avec des photos de référence. Le dermatoscope, une loupe éclairante, aide à distinguer l'effluvium d'une alopécie androgénétique. Une prise de sang ciblée recherche, selon la situation, une carence en fer ou un trouble de la thyroïde.
Ce qui ne sert à rien, ou pas maintenant
Les compléments riches en biotine sont très vendus contre la chute. Aucune étude n'a démontré d'effet chez les personnes qui n'en manquent pas, et ce manque est rare. À forte dose, la biotine peut en outre fausser certaines analyses de sang, notamment hormonales : signalez-la toujours avant une prise de sang.
Les lotions de minoxidil traitent l'alopécie androgénétique. Leur notice précise qu'elles ne sont pas indiquées quand la chute fait suite à un accouchement, et qu'elles sont contre-indiquées pendant l'allaitement. Je ne propose pas non plus de PRP dans cette situation : la chute se résout d'elle-même.
Enfin, une chute qui s'arrête seule fait souvent croire à l'efficacité du dernier produit essayé. C'est une raison de plus pour comparer des photos plutôt que des impressions.
Sources.
- Phillips TG et al. Hair loss: common causes and treatment. American Family Physician, 2017;96(6):371-378.
- Rebora A. Telogen effluvium: a comprehensive review. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 2019;12:583-590.
- Hirose A et al. International Journal of Women's Dermatology, 2023;9(2):e084 (chute de cheveux après l'accouchement, enquête auprès de 331 mères).
- Patel DP et al. A review of the use of biotin for hair loss. Skin Appendage Disorders, 2017;3(3):166-169.
- Li D et al. JAMA, 2017;318(12):1150-1160 (biotine et fiabilité des analyses de sang).
- Résumé des caractéristiques du produit d'une solution de minoxidil à 2 % autorisée en Belgique (AFMPS).
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Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.