Journal médical

Cernes creusés : quand l'acide hyaluronique aide, et quand s'abstenir

« J'ai l'air fatigué, même après une bonne nuit. » Souvent, ce sont des cernes creusés. Mais tous les cernes ne se ressemblent pas : selon leur cause, l'acide hyaluronique peut atténuer l'ombre, ou au contraire aggraver le problème. Tout commence donc par le diagnostic.

Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003

Publié le · Mis à jour le · 5 min de lecture

Quatre sortes de cernes

Un cerne a souvent plusieurs causes à la fois. On distingue quatre grandes familles :

  • Le cerne creux, ou vallée des larmes : avec l'âge, l'os et la graisse sous l'œil perdent du volume, alors que des ligaments retiennent la peau. Un creux se forme, et c'est son ombre qui assombrit le regard.
  • Le cerne pigmentaire : la peau elle-même est plus foncée. Le soleil, l'eczéma, certains médicaments (dont des collyres) ou des dépôts issus du sang peuvent en être la cause, parfois depuis l'enfance.
  • Le cerne vasculaire : la peau de la paupière, très fine, laisse voir les petits vaisseaux et le muscle en dessous, d'où une teinte sombre, parfois violacée.
  • Les poches : de la graisse qui fait saillie sous la paupière, ou de l'eau qui s'accumule. Les poches d'eau sont typiquement plus marquées le matin ou après un repas salé.

L'examen : la lumière et la peau

Un éclairage venant d'en haut accentue l'ombre d'un creux, alors qu'une lumière de face l'atténue. J'observe donc votre regard sous plusieurs éclairages, en plus des photos standardisées. Une couleur qui persiste quelle que soit la lumière oriente plutôt vers la peau elle-même.

Je vérifie aussi la tenue de la paupière inférieure en la tirant doucement vers le bas : une paupière qui revient lentement en place signale un relâchement.

Cernes creusés : qui peut bénéficier de l'acide hyaluronique ?

L'acide hyaluronique comble un creux. Il convient donc d'abord au cerne creux, chez une personne dont la peau garde une bonne tenue et une épaisseur correcte, sans poches marquées ni gonflement. Dans ce cas, il peut atténuer nettement l'ombre.

Un cerne à la fois creux et pigmenté peut aussi en bénéficier : une fois le creux corrigé, la lumière se reflète de façon plus homogène. Mais la couleur de la peau, elle, ne change pas.

Dans un essai randomisé financé par le fabricant du gel, chez 287 personnes traitées, l'amélioration persistait à un an chez 63,5 % d'entre elles selon un évaluateur en aveugle ; parmi celles qui ont eu une nouvelle injection à un an, 80 % restaient améliorées six mois plus tard. Tous les gels ne mentionnent pas cette zone dans leur notice : je vous dis en consultation ce qu'il en est pour celui que j'utilise.

Quand je ne propose pas d'acide hyaluronique

  • Des poches graisseuses marquées. Plus la graisse fait saillie, plus il faudrait de produit dans une zone étroite, et moins le résultat est bon.
  • Un gonflement des paupières, surtout le matin. L'acide hyaluronique attire l'eau : il peut aggraver cette rétention, d'autant qu'il peut comprimer les petits vaisseaux lymphatiques qui drainent la zone.
  • Une peau très fine ou très relâchée. Il faudrait trop de produit, et un éventuel gonflement s'y verrait davantage. Un gel placé trop en surface peut aussi donner un reflet bleuté : c'est l'effet Tyndall.
  • Un cerne seulement pigmentaire ou vasculaire, sans creux : il n'y a rien à combler.
  • Un bouton de fièvre, une poussée d'acné ou de rosacée, une grossesse ou un allaitement, ou un produit permanent déjà injecté dans la zone.

Comment je travaille sous l'œil

Sous l'œil, le choix du gel est un compromis. Il doit absorber peu d'eau : un gel qui gonfle beaucoup risque d'aggraver un œdème. Or les gels souples absorbent souvent plus d'eau, et les experts divergent sur la fermeté à privilégier : certains déconseillent les gels fermes, alors que l'essai cité plus haut en a utilisé un.

Le gel est déposé en profondeur, au contact de l'os, lentement et en petite quantité. Un consensus d'experts recommande au maximum un demi-millilitre par côté et par séance, et d'attendre environ quatre semaines avant d'en ajouter, le temps que le gel se stabilise. Le contrôle vers le 15e jour sert donc d'abord à vérifier.

La prudence vasculaire est essentielle. L'artère et la veine angulaires passent tout près, et les artères du visage communiquent avec celles de l'œil. Une injection dans un vaisseau peut, très rarement, entraîner une nécrose de la peau, voire une perte de vision. J'utilise une aiguille ou une canule à bout rond selon votre anatomie, et la hyaluronidase ainsi qu'un protocole d'urgence sont toujours au cabinet. Un trouble de la vue après une injection impose d'appeler le 112.

Les suites sont en général simples. Dans une analyse de 31 études regroupant plus de 2 500 personnes, un gonflement ou un bleu touchait chacun environ une personne sur cinq ; l'effet Tyndall restait rare, sous 1 %.

Les autres prises en charge

Quand la cause est ailleurs, on en parle ensemble :

  • Des poches graisseuses ou un excès de peau : une injection ne les corrige pas ; d'autres approches existent, dont la chirurgie des paupières (blépharoplastie inférieure).
  • Un cerne pigmentaire : une protection solaire quotidienne, des soins de peau adaptés et, selon le cas, une prise en charge dermatologique.
  • Un gonflement : en chercher la cause avec votre médecin traitant, par exemple une allergie ou un excès de sel.
  • Dans tous les cas, un correcteur de teint reste l'option la moins invasive.

Sources.

  1. Vrcek I et al. Journal of Cutaneous and Aesthetic Surgery, 2016;9(2):65-72 (causes, évaluation et traitements des cernes, revue).
  2. Anido J et al. Journal of Cosmetic Dermatology, 2021;20(1):6-17 (recommandations d'experts pour la vallée des larmes ; rédaction financée par un fabricant).
  3. Fundarò SP et al. International Journal of Molecular Sciences, 2022;23(18):10518 (rhéologie et capacité d'absorption d'eau des gels, revue).
  4. Signorini M et al. Plastic and Reconstructive Surgery, 2016;137(6):961e-971e (consensus international sur la prévention et la prise en charge des complications).
  5. Liu X et al. Aesthetic Plastic Surgery, 2024;48(3):478-490 (acide hyaluronique et vallée des larmes, méta-analyse).
  6. Biesman BS et al. Aesthetic Surgery Journal, 2024;44(9):1001-1013 (essai randomisé sur les creux sous les yeux, suivi de 18 mois ; financé par le fabricant du gel testé).

Soins liés.

Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.