Acide hyaluronique : que veut dire « réversible » ?
On présente souvent l'acide hyaluronique comme réversible. C'est exact, et c'est une vraie sécurité. Mais le mot mérite d'être expliqué : ce qu'il permet, ce qu'il ne permet pas, et ce qu'il change dans ma pratique.
Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003
Publié le · Mis à jour le · 3 min de lecture
Un gel proche d'une molécule de la peau
L'acide hyaluronique est une molécule naturellement présente dans la peau, où il retient l'eau. Pour qu'il tienne plusieurs mois une fois injecté, on relie ses chaînes entre elles : on parle de gel réticulé. La plupart des produits utilisent pour cela une petite molécule, le BDDE, dont il ne reste que des traces infimes dans le produit fini.
En Europe, ces gels sont des dispositifs médicaux implantables de la classe de risque la plus élevée, la classe III. Leur nom, la quantité injectée et leur numéro de lot sont notés dans votre dossier : on peut ainsi retrouver le produit exact à tout moment.
Réversible, grâce à une enzyme
La hyaluronidase est une enzyme qui dégrade l'acide hyaluronique. Injectée au bon endroit, elle dissout le gel. Elle permet de corriger une petite irrégularité ou un excès, et surtout de traiter rapidement une complication rare : l'obstruction d'un vaisseau sanguin par le produit.
Cette complication est rare. Dans une grande enquête menée auprès de dermatologues, elle est survenue environ une fois pour 6 400 seringues injectées à l'aiguille, et nettement moins souvent avec une canule. Les recommandations demandent de la traiter sans attendre, par des injections répétées de hyaluronidase. C'est pourquoi la hyaluronidase est toujours disponible au cabinet.
Ce que « réversible » ne veut pas dire
- Que le produit disparaît vite. Des examens par IRM montrent que l'acide hyaluronique peut rester présent bien plus longtemps que la durée annoncée, parfois plusieurs années.
- Que l'on peut injecter sans réfléchir, puisqu'on pourra toujours dissoudre. La hyaluronidase a ses propres risques, dont de rares réactions allergiques, plus fréquentes chez les personnes allergiques aux piqûres de guêpe ou d'abeille.
- Que tous les produits de comblement sont réversibles. Les produits à base d'hydroxyapatite de calcium, d'acide polylactique ou de polycaprolactone ne sont pas dissous par la hyaluronidase. Au cabinet, les produits de comblement utilisés sont des acides hyaluroniques.
Ce que cela change dans ma pratique
La réversibilité est une sécurité, pas une excuse. Elle permet d'avancer par petites quantités, de mesurer, puis de s'arrêter. Avant un soin, je vous demande notamment si vous êtes allergique aux piqûres d'insectes. Le nom du produit, sa quantité et son numéro de lot figurent dans le compte rendu écrit que vous signez, comme le prévoit la loi belge.
Sources.
- De Boulle K et al. Dermatologic Surgery, 2013;39(12):1758-1766 (sécurité du BDDE dans les gels d'acide hyaluronique).
- Règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux, annexe XVI et règle de classification 8.
- DeLorenzi C. Aesthetic Surgery Journal, 2017;37(7):814-825 (hyaluronidase à haute dose en cas d'occlusion vasculaire).
- Alam M et al. JAMA Dermatology, 2021;157(2):174-180 (fréquence des occlusions vasculaires, aiguille et canule).
- Master M et al. Plastic and Reconstructive Surgery Global Open, 2024;12:e5934 (persistance de l'acide hyaluronique à l'IRM).
- Bertlich M et al. British Journal of Dermatology, 2024;191(6):1000-1007 (allergie à la hyaluronidase et venin de guêpe).
- Loi du 23 mai 2013 réglementant les qualifications requises pour poser des actes de médecine esthétique non chirurgicale et de chirurgie esthétique (Moniteur belge du 2 juillet 2013).
Soins liés.
Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.