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Toxine botulique dans la mâchoire : bruxisme, masséters et preuves

On me demande de plus en plus souvent de la toxine botulique dans la mâchoire, pour des dents serrées la nuit ou un bas de visage jugé trop carré. Je pratique ce soin, mais il mérite une information franche : ce que montrent les études, ce qu'elles ne montrent pas, et ce que la notice ne prévoit pas.

Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003

Publié le · Mis à jour le · 4 min de lecture

Le masséter, deux demandes différentes

Le masséter est le muscle épais que l'on sent gonfler à l'angle de la mâchoire quand on serre les dents. On parle souvent de « botox » de la mâchoire pour désigner son traitement par toxine botulique.

Deux demandes y conduisent. La première est esthétique : un muscle épais élargit le bas du visage et lui donne un aspect carré. La seconde concerne le bruxisme, c'est-à-dire le fait de serrer ou de grincer des dents, en particulier pendant le sommeil. Les deux se recoupent parfois, mais le niveau de preuve n'est pas le même.

Toxine botulique dans la mâchoire : un usage hors notice

Les notices des toxines botuliques autorisées pour les rides visent le haut du visage : le froncement, le front, les pattes d'oie. Elles ne prévoient pas les masséters. Les injecter dans la mâchoire est donc un usage hors indication de la notice. Cet usage existe depuis plus de vingt ans, mais il engage la responsabilité du médecin qui le propose.

Concrètement, je vous le dis avant tout soin, et c'est écrit dans l'information que je vous remets. L'examen vérifie d'abord, sous les doigts, que c'est bien le muscle qui gonfle quand vous serrez les dents. La décision vous appartient ensuite, le jour même ou plus tard.

Mâchoire carrée : ce que montrent les essais

Pour un masséter épais, des essais contrôlés existent désormais. Une méta-analyse publiée en 2026 en a réuni cinq (536 participants) : par rapport à un placebo, la toxine réduit l'épaisseur du muscle et améliore l'aspect du bas du visage, à court terme. Les auteurs notent que la dose et le protocole idéaux ne sont pas encore établis.

L'effet n'est pas immédiat : le muscle s'affine progressivement. Dans un essai de phase 3 de 376 participants, financé par le fabricant de la toxine étudiée, l'amélioration était mesurée à trois mois et persistait encore à six mois.

Bruxisme : des preuves encore faibles

Pour le serrement et le grincement des dents, la situation est moins nette. Une synthèse publiée en 2025 a analysé quatorze revues systématiques. La toxine y semblait diminuer la douleur, le nombre d'épisodes de bruxisme et la force de morsure, dans la plupart des revues qui ont mesuré ces critères. Mais toutes ces revues étaient d'une qualité méthodologique faible ou très faible, ce qui empêche de conclure fermement.

Autrement dit, un bénéfice est possible, mais il n'est pas démontré avec certitude. Et la toxine agit sur le muscle pendant quelques mois : elle ne supprime pas ce qui pousse à serrer les dents.

Les effets possibles

Dans l'essai de 376 participants, des effets liés au traitement ont été rapportés chez 12 % des personnes traitées, contre 3 % sous placebo. Ils étaient le plus souvent légers et ont disparu d'eux-mêmes :

  • une gêne à la mastication (fatigue, douleur ou force réduite de la mâchoire), chez environ 3 à 4 personnes sur 100 ;
  • une douleur ou une gêne au point d'injection ;
  • un bombement paradoxal du muscle au lieu de son affinement, chez environ 2 personnes sur 100 ;
  • plus rarement, une faiblesse passagère d'un muscle du visage, qui peut modifier le sourire, chez moins d'une personne sur 100. C'est pourquoi on injecte en arrière du petit muscle du sourire situé devant le masséter.

La question de l'os de la mâchoire

Un point est discuté, et je préfère vous en parler. Chez l'animal, la toxine injectée dans les muscles de la mâchoire entraîne une perte osseuse nette, notamment au niveau de l'articulation. Chez l'humain, les études sont peu nombreuses : une méta-analyse publiée en 2024, qui en a réuni six, retrouve une diminution d'environ 6 % de l'épaisseur de la couche externe de l'os de la mâchoire, sans changement évident de son volume ni de sa densité.

Les effets de séances répétées pendant des années restent mal connus. Sans dramatiser, c'est une raison de plus pour ne pas multiplier les séances sans nécessité, et pour respecter au moins trois mois entre deux séances, comme le prévoient les notices.

Quand voir d'abord un dentiste

Le bruxisme relève d'abord du dentiste. La gouttière portée la nuit sert surtout à protéger les dents : une revue Cochrane n'a pas montré qu'elle réduit le bruxisme lui-même, mais elle suggère un bénéfice possible sur l'usure des dents. On en parle ensemble, et l'avis de votre dentiste est utile, avant la toxine ou en parallèle, si :

  • vos dents s'usent, se fêlent, ou si une obturation casse ;
  • votre mâchoire est douloureuse, craque ou se bloque ;
  • on vous entend grincer des dents la nuit ;
  • vous n'avez jamais fait examiner ce problème par un dentiste.

Sources.

  1. Résumé des caractéristiques du produit d'une toxine botulique de type A autorisée pour les rides du haut du visage (base de données publique des médicaments, ANSM) : indications et intervalle entre deux traitements.
  2. Coelho MS et al. Botulinum Toxin for Bruxism: An Overview. Toxins, 2025;17(5):249 (synthèse de 14 revues systématiques).
  3. Machado GF et al. Efficacy of botulinum toxin for masseter muscle hypertrophy: A systematic review and meta-analysis. Journal of Plastic, Reconstructive and Aesthetic Surgery, 2026;119:212-225.
  4. Sun J et al. OnabotulinumtoxinA Treatment for Masseter Muscle Prominence: 6-Month Safety and Efficacy Results, Including Patient-Reported Outcomes, From a Phase 3, Randomized, Placebo-Controlled, Multiregional Trial. Aesthetic Surgery Journal, 2026;46(5):486-494 (376 participants ; étude financée par le fabricant).
  5. Moussa MS et al. Adverse effect of botulinum toxin-A injections on mandibular bone: a systematic review and meta-analysis. Journal of Oral Rehabilitation, 2024;51(2):404-415.
  6. Macedo CR et al. Occlusal splints for treating sleep bruxism (tooth grinding). Cochrane Database of Systematic Reviews, 2007;(4):CD005514.

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