La dérive perceptive : pourquoi je mesure avant de corriger
Après quelques séances, il arrive qu'on ne voie plus son visage tel qu'il est. Les soignants parlent de dérive perceptive. C'est l'une des raisons pour lesquelles je photographie et je mesure chaque visage, à chaque étape.
Dr Selim Zengin, médecin généraliste, INAMI 1-07696-83-003
Publié le · Mis à jour le · 3 min de lecture
Le regard s'habitue vite
Notre regard s'adapte en quelques jours à ce qu'il voit tous les jours. Après un soin, le changement paraît net, puis il devient la nouvelle normalité. Le souvenir du visage d'avant s'efface, et l'envie peut naître d'en refaire un peu, pour retrouver l'effet du premier jour.
Une étude publiée en 2023 a interrogé des femmes dont les lèvres avaient été visiblement déformées par des injections. Beaucoup décrivaient ce glissement : à force de voir des visages retouchés, notamment sur les réseaux sociaux, leur idée d'un visage naturel s'était déplacée.
Pourquoi « un peu plus » finit par faire trop
L'acide hyaluronique est résorbable, mais plus lentement qu'on ne le croit souvent. Des examens par IRM ont retrouvé du produit plusieurs années après la dernière injection, bien au-delà de la durée habituellement annoncée. Ajouter régulièrement sans mesurer revient donc à empiler. C'est ainsi que se forment les visages trop remplis, qui ne ressemblent plus à la personne.
Ce que j'y oppose : des mesures
Avant tout soin, je photographie votre visage dans des conditions standardisées : même lumière, même distance, mêmes angles. L'analyse par ordinateur place des centaines de repères et calcule des mesures en millimètres. À chaque contrôle, on refait exactement les mêmes photos.
On ne compare donc pas un souvenir à un miroir, mais des images à des images. Si les proportions sont justes, on n'ajoute rien. C'est la raison pour laquelle la photographie standardisée est recommandée en médecine esthétique : sans elle, toute comparaison reste subjective.
Savoir dire non
Mon rôle n'est pas seulement de répondre à une demande. Il est aussi de vous dire quand un soin n'apportera rien, ou quand il ferait perdre l'harmonie du visage. Dire « pas maintenant » fait partie de la médecine esthétique.
Il existe enfin une situation particulière : la dysmorphophobie, une préoccupation excessive pour un défaut léger ou invisible pour les autres. Elle touche environ 2 % de la population générale, mais près d'une personne sur dix parmi celles qui consultent en dermatologie esthétique. Les soins esthétiques l'améliorent rarement. Si je la soupçonne, je vous en parle avec tact et je peux vous orienter vers un confrère.
Sources.
- Love M et al. Aesthetic Surgery Journal, 2023;43(9):907-916 (étude qualitative sur la dérive perceptive).
- Master M et al. Plastic and Reconstructive Surgery Global Open, 2024;12:e5934 (persistance de l'acide hyaluronique à l'IRM).
- Prantl L et al. Plastic and Reconstructive Surgery Global Open, 2017;5:e1389 (standards de photographie en médecine esthétique).
- Veale D et al. Body Image, 2016;18:168-186 (prévalence de la dysmorphophobie, revue systématique).
- Crerand CE et al. Psychosomatics, 2005;46(6):549-555 (effet des soins esthétiques en cas de dysmorphophobie).
Soins liés.
Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation.